S É M I N A I R E S

 

PENSEZ LES VIEILLESSES : PROGRAMME 2014-2015

ANTICIPATION OU SCIENCE-FICTION ?

| ACCÈS LIBRE
| RENSEIGNEMENTS : cdcs@ulb.ac.be | 02/650.33.61
| LIEU : Institut de Sociologie ULB
| Avenue Jeanne 44, 1050 Bruxelles
| Salle Henri Janne (15e niveau)

Les séminaires s'adressent aux chercheurs, enseignants, étudiants, ainsi qu'à tout professionnel concerné par ces questions ou citoyen curieux. Chaque séance est conçue de manière autonome et libre d'accès.

>> LIRE LE RÉSUMÉ DES PROCHAINS SÉMINAIRES : 5 mai | 26 mai | 4 juin |

 


A3_PLV_2014-2015.pdf
(2,4 Mo)

 

Le temps, le fini, l’infini et la médiation de la durée

Du centenaire quasi fringant, homme nouveau du XXIème siècle, au patient Alzheimer, cette autre figure nouvelle - du moins récente dans l’intérêt qu’on lui porte -, face sombre du précédent, en attendant l’Homme prolongé, fruit des NBIC, le société occidentale affiche ses combats tantôt perdus, tantôt gagnés - pense-t-elle - contre le temps. Soif de longévité, quête d’un mieux vieillir associé, responsabilité individuelle, enjeu économique,... vieillir n’est pas un jeu, semble nous dire la société. Le temps gagnera-t-il toujours la partie ? Entre TIC et éthique, jusqu’où sommes-nous prêts à négocier ?

Sous le titre ‘Anticipation ou science-fiction ?’, le séminaire nous offrira l’occasion de rencontres avec des sociologues, bien sûr, des anthropologues et des philosophes, une fois n’est pas coutume, autour du très grand vieillissement, des gérontechnologies, de la robotisation et des possibles lointains (mais pas tant), de la gestion de son vieillissement en bonne intelligence avec ses «entourages».

Curieux et critiques, nous donnerons sens à ces thèmes, espérant prolonger nos réflexions entamées ensemble lors des précédentes sessions.

6 séminaires
d'octobre 2014 à juin 2015


 

Technologies pour la santé et l’autonomie des personnes : les pièges de la simplicité

Gérard DUBEY, sociologue, Institut Mines Telecom (TEM) et CETCOPRA (Université Paris1)
Discutant : Olivier GOSSELAIN, anthropologue, Centre d’Anthropologie Culturelle, ULB

De nombreux projets technologiques proposent aujourd’hui d’améliorer le bien-être des personnes au domicile et de garantir leur autonomie. Cela est censé répondre à une demande sociale, notamment des personnes âgées qui souhaitent demeurer le plus longtemps possible chez elle. Mais dans la plupart des cas, l’habitat - l’espace intime de la personne - est pensé comme un espace clos (un désert social), contrôlé et contrôlable, à la façon d’un laboratoire. Ce déterminisme technique débouche la plupart du temps sur des solutions inadaptées voire déstabilisantes pour la personne, qui ne tiennent aucun compte de la dimension subjective et sociale de l’environnement matériel (indissociable des éléments biographiques, chaque objet constituant un support de mémoire et du sentiment d’habiter le monde).

Ingénieurs et industriels semblent avoir pris la mesure de ce phénomène et proposent des technologies qui personnalisent les services, sont simples d’usages et "transparentes" à l’usager. Mais "personnaliser" l’assistance technique au domicile comporte un certain nombre de présupposés et d’effets secondaires, la plupart du temps implicites. Rendre "invisibles" ou "naturels" les capteurs disséminés dans l’habitat (domosanté) - comme on dissimule les antennes relais de téléphonie mobile - suscite notamment de nombreuses interrogations sur le statut de ces objets connectés ainsi que sur celui de leurs usagers. Comment par exemple manipuler, jouer, détourner, réinventer, c’est-à-dire s’approprier ce qui n’existe pas à proprement parler, mais est là à la manière de l’air qu’on respire ? Les valeurs d’ambiance et de confort semblent l’emporter sur celle d’usage et même d’usager. Quid dès lors de l’autonomie des personnes pourtant mises en avant comme la finalité de ces dispositifs ? La philosophie des environnements "intelligents" ne s’inscrit-elle pas au fond dans le prolongement du processus d’infantilisation des personnes, et en priorité des personnes âgées, à la frontière entre les philosophies du care et de l’ingénierie sociale ?

Jeudi 4 juin de 12 à 14 heures

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Le partenariat entre soignants et vieilles personnes à domicile : du contrat aux petits arrangements

Annick ANCHISI, sociologue, Haute Ecole de Santé Vaud, Lausanne
Discutant : Guy LEBEER, sociologue, METICES, ULB

Être partenaires dans une relation de soins exige que l’on anticipe, ne serait-ce pour se mettre d’accord sur les contours du contrat qui lie soignants et clients, terme d’usage. Dans les services de soins à domicile analysés par Annick Anchisi dans le cadre d’une recherche sociologique qualitative, un projet de soins est établi et contractualisé entre soignants et clients sur la base d’une évaluation des ressources et besoins de ce dernier. Sur fond de rapports dits égalitaires et négociés avec le client, le projet vise, in fine, à une gestion efficiente des situations. Pour les soignants, il est conçu comme un outil essentiel dans l’agencement des procédures et dans le bon déroulement des prestations octroyées. Il leur permet également d’évaluer leur action à plus ou moins long terme. Il sert aussi de base au remboursement des prestations par les assurances maladie. Pour les clients, l’ajustement au projet est un réel travail. Plus ou moins sommés de répondre aux attentes qu’ils ont eux-mêmes contribué à formuler, ils savent que leur marge de manœuvre est faible. Dans un premier temps, ils approuvent le projet de soins, ce qui leur permet de s’amender aux yeux des soignants. Dans un second temps, les clients le réinterprètent : leur ostensible participation sert alors d’autres desseins, souvent plus personnels et moins conformes aux attentes des soignants. Le potentiel de "négociation" du projet de soins trouve néanmoins sa limite chez celui qui n’a pas, ou plus, les moyens d’en comprendre les enjeux ni de s’en déjouer. Dans une perspective plus critique, la notion de projet cristallise et révèle bien les changements plus globaux à l’œuvre dans la gestion de la dépendance : à savoir une tendance vers la marchandisation des services d’aide à domicile. Dans ce contexte, la notion de projet fait parfaitement écho à la double injonction qui caractérise la mission des services de maintien à domicile des personnes âgées : améliorer la qualité de vie en respectant l’autonomie des clients tout en limitant les coûts.

Mardi 26 mai de 12 à 14 heures

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Le soin aux personnes âgées, entre robotisation, maternage et parcours de soin

Jérôme GOFFETTE, Philosophe des sciences, Université Claude Bernard, Lyon1
Evelyne LASSERRE, Anthropologue, Université Claude Bernard, Lyon1
Discutante : Laura MERVEILLE, Anthropologue, Laboratoire d’Anthropologie des Mondes Contemporains, ULB, Bruxelles

Si les nouvelles technologies et la robotique furent longtemps réservées à l’univers de la science-fiction, elles trouvent aujourd’hui une place concrète dans le champ médical. Tout autant investies dans une quête de bonheur, d’immortalité et de technicité que vécues comme un risque d’éloignement humain et de prise de pouvoir, elles comportent de nombreux enjeux, tant symboliques que pratiques.

Partant du film de science-fiction d’animation japonais Roujin’Z de Katsuhiro Otomo (1991) – qui met en scène une machine-robot prenant en charge un vieillard –, nous aborderons la construction contemporaine de la vieillesse, entre occultation, rationalisation, assignation sociale et dimensions imaginaires. Quelle place propose-t-on à nos personnes âgées, de plus en plus nombreuses ? Sous un dehors burlesque, le récit tracé par Roujin’Z souligne des questions d’administration de la vieillesse, entre science-fiction et fantastique. Etre «vieux» aujourd’hui, est-ce être exclu du monde commun ? Est-ce entrer dans un espace fictif, entre vivants et morts ? Ou est-ce vivre encore dans notre monde «commun», avec des liens de vivant à vivant ?

Alors qu’aujourd’hui la population âgée occupe une place de plus en plus grande, mais où en même temps les structures familiales se transforment, Roujin’Z parle de la question des nouvelles technologies, des préoccupations de santé publique et d’économie, des dimensions humaines et symboliques du soin. La question des usages de la technologie, entre asservissement et espace d’autonomie, voire de jeu, réserve des surprises.

Enfin, les récentes expériences technologiques et robotiques à l’usage des personnes âgées montrent que la machine Z-001 de Roujin’Z n’appartient plus, quelque vingt années plus tard, au seul espace de la fiction, mais fait apparaître à la fois des effets de réel et des effets imaginaires inédits, redéfinissant les frontières entre biologique et mécanique, entre animé et inanimé, entre vivant et inerte, entre humanité militaire et humanité maternelle.

Mardi 5 mai 2015 de 12 à 14 heures

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La planification anticipée des soins pour les personnes atteintes de maladie d'Alzheimer et la question de l'autonomie
Sylvie CARBONNELLE, Socio-anthropologue, CDCS et METICES, ULB, Bruxelles
Discutant : Sylvie CARBONNELLE, Socilogue, GRAP, ULB, Bruxelles et Centre Georg Simmel, EHESS, Paris

La planification anticipée des soins, que ce soit à travers l’élaboration de «déclarations anticipées» ou de «projets de soins personnalisés», vise à répondre à de nombreuses préoccupations, tant du côté des professionnels de la santé que des citoyens-patients : respect de l’autonomie, droit à l’autodétermination, aide à la décision, évitement de conflits, etc.

Face au constat selon lequel les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer (et maladies apparentées) restent d’ordinaire peu prises en considération et entendues quant à leurs souhaits et volontés en matière de soins, diverses organisations internationales et nationales ont focalisé leur attention sur la diffusion d’outils susceptibles de permettre à ces personnes de faire valoir leurs priorités et choix pour le futur, au cas où elles seraient devenues incapables de les exprimer.

Dans ce contexte, et s’appuyant sur une recherche-action menée par la Fondation Roi Baudouin* avec 12 projets-pilotes en Flandres, en Wallonie et à Bruxelles, Sylvie Carbonnelle développera les questions concrètes que la mise en oeuvre de projets de soins personnalisés et anticipés (PSPA) avec ce type de malades posent à la pratique soignante et à l’éthique. Elle questionnera enfin certaines des tensions tangibles quant à la conception et l’usage de ce genre de dispositif par les soignants eux-mêmes.

* S. Carbonnelle, N. Rigaux (Réseau Braises - CDCS) ; A. Sevenants, A. Declercq (LUCAS-KUL)

Lundi 23 février 2015 de 12 à 14 h

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Que signifiera vieillir dans le futur ?
Sylvie ALLOUCHE Philosophe, Laboratoire de Biologie Générale, Université Catholique de Lyon/EPHE, Lyon
Discutant : David JAMAR Sociologue, METICES, ULB, Bruxelles

Conformément à la méthodologie développée dans sa thèse Philosopher sur les possibles avec la science-fiction : l’exemple de l’homme technologiquement modifié (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2012), Sylvie Allouche propose de partir de la science-fiction pour essayer d’imaginer ce que signifiera vieillir dans le futur. Le genre offre en effet une multitude de scénarios alternatifs qui sont autant d’occasions de donner à réfléchir aux enjeux engagés, tout en rendant sensible la multiplicité des possibles ouverts.
La vieillesse du futur dépendra d’abord des technologies à disposition : on peut ainsi se demander si l’espérance de vie continuera de progresser comme elle le fait depuis plus de deux siècles ou si elle finira par stagner ; si elle se traduira par une vie «dépendante» plus longue, voire une extension indéfinie des agonies, ou si elle sera accompagnée d’élixirs de jeunesse qui assureront aux centenaires et au-delà un âge physiologique plusieurs fois inférieur à leur âge chronologique. Comment se négociera alors sur les plans intime et relationnel un tel décalage ? Aimera-t-on pareil par exemple ? Ou mieux ? Ou notre faculté d’aimer s’érodera-t-elle avec le temps ? Aurons-nous encore de la curiosité pour le monde ou besoin, comme Abélard Lindsay dans La Schismatrice (Bruce Sterling, 1985), d’une drogue visant à maintenir l’intérêt pour celui-ci ? Parviendrons-nous à garder le souvenir du fil entier de notre vie passée, grâce peut-être à des prothèses mémorielles, ou deviendrons-nous toujours davantage des êtres postmodernes aux identités fragmentaires et fuyantes ? Qu’en sera-t-il de l’attribution de responsabilité ?
Nous arrivons par cette question à un troisième champ de problèmes qui concerne cette fois des conséquences sociales et politiques déjà visibles : les technologies envisagées seront-elles à disposition de tous ou bien seulement d’une partie de l’humanité ? Faudra-t-il réformer les règles de propriété et d’héritage ou accepter que les richesses du monde s’accumulent dans les mains de quelques vieux qui les passeront à d’autres à peine moins vieux, etc.? Devra-t-on se résoudre à réguler la population mondiale, et de quelle manière ? Se dirige-t-on vers une société sans enfants, ou y a-t-il d’autres solutions ?
L’examen de ces questions via la science-fiction devrait permettre non seulement de réfléchir à ce que signifie vieillir dans le futur, mais vieillir tout court.

Lundi 17 novembre 2014 de 12 à 14 h


 

‘Bien vieillir’ et ‘faire bonne vieillesse’. Perspective anthropologique et paroles de centenaires
Frédéric BALARD Socio-anthropologue, Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales (2L2S), EA 3478, Université de Lorraine, Nancy
Discutant : Laurent LEGRAIN Anthropologue, Laboratoire d’Anthropologie des Mondes Contemporains, ULB, Bruxelles

Le propos de l’intervenant sera de discuter le concept de «bien vieillir» en mettant en perspective les représentations scientifiques dominantes du successful aging avec les représentations de la vieillesse et du vieillissement exprimées par des nonagénaires et centenaires français.
Il reviendra sur le contexte dans lequel il a réalisé sa thèse d’anthropologie sur le grand âge et l’influence de celui-ci sur le choix de l’objet «bien vieillir». Puis, en s’appuyant sur les mots des personnes très âgées et sur des travaux ethnologiques relatifs aux représentations culturelles de l’âge, il interrogera le modèle du bien vieillir dominant dans nos sociétés occidentales postindustrielles. Enfin, nous pourrons ouvrir une discussion sur les effets positifs et les limites de notre modèle et nous interroger sur ce que révèle, pour notre société, l’injonction impossible du «vieillir jeune» dans le grand âge.

Lundi 13 octobre 2014 de 12 à 14 heures


| ACCÈS LIBRE
| RENSEIGNEMENTS : cdcs@ulb.ac.be | 02/650.33.61
| LIEU : Institut de Sociologie ULB | Avenue Jeanne 44, 1050 Bruxelles
| Salle Henri Janne (15e niveau)